Des familles venues d’Europe de l’Est et des Balkans campaient depuis l’été dans un parc au Neudorf, en attendant le traitement de leurs demandes d’asile. Vendredi 17 août, tôt le matin, des agents de la ville les rassemblaient dans un gymnase pour les trier et les répartir dans des centres d’hébergement temporaires.

« Vous comprenez bien qu’un square n’est pas un camping. »

« L’affaire s’est déroulée dans le calme. » se félicite Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg en charge des solidarités. Yves Seguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, est satisfait d’avoir mis un terme à une situation qui n’est « pas réglementaire » : « Vous comprenez bien qu’un square n’est pas un camping. ».

Dans la foulée de l’évacuation, la mairie et la préfecture organisaient une conférence de presse dans le gymnase où les familles étaient triées. Les associations et les autres personnes impliquées auprès des réfugiés, qui n’avaient pas été mises au courant de l’évacuation, ont été refusées à l’entrée.

Les solidaires s’inquiètent : après l’expulsion du campement précédent, rue des Remparts, la plupart des migrants avaient été renvoyés dans leur pays. Des pays jugés « sûrs » par la France, malgré la mafia et la misère.

Pour l’instant, les familles sont réparties dans différents centres, dans tout le département et hors du département.

« J’étais en train de demander où étaient relogées les familles à un homme que je ne connaissais pas, il a commencé à me lire la liste devant ses yeux, et un fonctionnaire est arrivé, il a mis la main dessus ! » raconte Gérard, du collectif Cannoniers, qui a pu entrer dans le gymnase en se fondant dans les journalistes avant d’être raccompagné dehors.

Une situation sous tension depuis des mois

Onze familles – treize enfants et vingt-quatre adultes – dormaient dans le parc au moment de l’évacuation. Des réfugiés venus de l’Est arrivaient progressivement depuis des mois, ils ont fini par former un campement précaire rue des Canonniers, en face d’un centre d’hébergement saturé. Parmi eux, des enfants en bas-âge et des personnes malades.

Rapidement, des riverains et des associations apportèrent une aide quotidienne vitale : ils ramenèrent des bouteilles d’eau, des couches, de la nourriture…

Le 24 juillet, l’OFII (office français de l’intégration et de l’immigration) se rendit sur le campement avec des policiers pour proposer des « aides au retour », sans proposition de mise à l’abri.

Plus tard, bien que ces familles aient toutes déposé une demande d’asile, seules trois reçurent une proposition d’hébergement d’urgence : une pièce à partager au Lyautey, le centre d’en face. Deux ont refusé, la jugeant insalubre, et ont préféré subir la canicule sous tente.

Le centre du Lyautey, symbole d’une politique de dissuasion

L’ancien hôpital militaire Lyautey est grand, il compte plusieurs bâtiments qui s’élèvent sur plusieurs étages. Mais tout est laissé en friche, le béton est recouvert de hautes herbes, les murs décrépissent lentement. Tout au fond de la cour, dans la partie allouée à l’association Antenne, quelques chambres étroites sont partagées depuis quelques mois par des demandeurs d’asile. Une information que la préfecture tente de taire, car le Lyautey a pour vocation de n’ouvrir que pour le plan hivernal*… Pourquoi ne pas l’ouvrir officiellement pour les demandeurs d’asile ? Pourquoi ne pas y ouvrir des places alors que des personnes dorment dehors en face ?

« Ce n’est pas une affaire de calibrage de dispositif, mais de capacité à gérer les flux. » affirme Monsieur Seguy. Pour lui, il y a suffisamment d’infrastructures dans le Bas-Rhin pour héberger tous les demandeurs d’asile. Seulement, parfois, il y a « des flux » imprévus. « On peut ajouter que l’immigration qui nous vient à Strasbourg est une immigration qui vient essentiellement de l’Est ! » ajoute-t-il à son discours, comme si l’origine des personnes entrait en jeux dans la façon dont elles doivent être accueillies.

L’adjointe au maire est formelle : « Il n’y aura pas d’hébergement à Lyautey, je peux vous le garantir. Même pas de proposition faite dans ce sens là. ».

« C’est une politique de dissuasion et de rejet. On veut écoeurer les gens pour qu’ils partent » dénonce Tonyo du collectif D’ailleurs Nous Sommes d’Ici. « En attendant qu’ils soient relogés par l’Etat, que la ville les héberge ! Qu’il y ait un service social ! »

 

 

 

 

*Durant le plan hivernal non plus, les places n’y sont pas suffisantes pour toutes les personnes à la rue, malgré l’espace disponible…

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