Damien Carême, maire de Grande-Synthe, organisait la semaine dernière une convention sur le thème de l’accueil des exilés en France (voir la première partie de l’article ici). A cette occasion, il m’a accordé une interview sur son expérience d’accueil humanitaire dans sa commune et sur sa vision d’une meilleure politique migratoire.

Êtes-vous satisfait de la convention ?

Oui ! Oui, c’était très très bien. Il y a eu beaucoup de monde, les ateliers étaient plus que pleins. Vendredi on était plus de 800 personnes dans la salle pour les tables rondes. On a eu beaucoup de gens sur les deux jours. L’idée était de se rassembler : élus, associations, ONGs et citoyens ensemble, pour dire qu’on est capable de faire autre chose que de la répression, et de la stigmatisation des populations exilées. Il y a eu plein d’échanges durant deux jours, on a démontré qu’il y avait des forces vives en France qui souhaitaient autre chose et qu’on peut faire quelque chose. […]

Est-ce que vous trouvez qu’il y a généralement une bonne communication entre ces différents acteurs que vous citez (associations, élus, citoyens et ONGs) ?

Il n’y en a pas assez. Il y en a quand dans une collectivité, dans une ville, on est confronté au problème. A Briançon, par exemple, dernièrement. […] Le maire et toutes les associations ont organisé l’accueil. Quand il y a des Centres d’Accueil et d’Orientation qui se créent dans les villes (il y en a entre 450 et 500 en France) il y a une relation qui se crée entre les associations et les élus locaux et ça se passe merveilleusement bien ! Quand toutes les personnes impliquées se mettent autour de la table et quand dans ces CAO (avec plein de défauts mais au moins c’est un premier stade), l’Etat discute avec les élus locaux et les associations des communes, ça se passe bien. Et on n’en entend jamais parler ! En fait, on ne parle du problème de l’accueil des migrants en France dans les médias que là où il y a des problèmes parce que l’accueil n’est pas organisé. C’est à Calais, parfois à Grande-Synthe, à Paris, à Nantes,… Il n’y a que là qu’on stigmatise l’accueil des migrants, sinon ailleurs on n’en entend jamais parler ! Ce n’est pas relayé par la presse. Il y a pourtant plein de solutions, de personnes qui hébergent, de choses extrêmement intéressantes, de solidarités qui se mettent en oeuvre sur le territoire et ça se passe bien avec les citoyens et avec les exilés eux-mêmes.

Vous essayez de montrer l’exemple d’une meilleure intégration ?

Mais bien sûr ! Et je m’appuie sur l’existant, ce n’est pas du délire ou du fantasme de maire écolo comme je le vois parfois écrit à propos de moi. Je regarde ce qui se passe en France, j’interviens dans de nombreux endroits. J’interviens vendredi soir en région parisienne, samedi à Besançon, j’étais la semaine dernière à Aix-en-Provence, je vais bientôt à Angers. Je vais partout en France pour témoigner de mon expérience et partout en France je vois énormément de citoyens qui se demandent comment aider, qui se demandent comment faire. Moi j’ai l’image d’une France qui est prête à l’accueil. […] ça pose problème là où on n’ose pas faire, là où les gens sont dans le fantasme. Le meilleur exemple, sur le sujet des sans abris en France, c’est quand Anne Hidalgo a décidé d’ouvrir un centre d’hébergement pour SDF dans le 16e arrondissement. Les habitants étaient furieux contre la mairie, ça râlait de tous les côtés. Du jour où ça a ouvert, on n’en a plus jamais entendu parler. Et aujourd’hui des habitants du 16e vont aller porter des vêtements et de la nourriture aux SDF qui ont pris possession de leurs locaux dans le 16e. Et c’est partout pareil. On est dans le fantasme quand on évoque une invasion mais, à un moment donné, quand la relation humaine se tisse, les fantasmes tombent et les gens sont généreux.

Une cuisine communautaire au camp de la Linière

C’est aussi votre expérience personnelle à Grande-Synthe ?

A Grande-Synthe les gens n’ont absolument pas manifesté. On devait faire face à un vrai problème humanitaire. Ils étaient 2500 quand j’ai décidé d’ouvrir ce camp. Un camp, ce n’est pas une solution pour moi, on a d’autres moyens pour accueillir les gens que de faire des camps en France. Les centres d’accueil sont des moyens. Les solutions individuelles, les gens qui hébergent chez eux, c’est un autre moyen. Même si ce n’est pas avec ça qu’on va résoudre le problème. Et puis ce n’est pas aux Français d’assumer cette charge là, c’est à l’Etat de le faire. Mais une fois qu’on réalise les choses, on permet cette relation, et ça se passe bien.
Sinon ça s’est bien passé aux élections, il n’y a pas eu de repli identitaire aux élections, alors qu’on avait 1500 réfugiés présents sur le territoire de la commune. Il faut expliquer, il faut démystifier tout ça, il faut permettre cette rencontre humaine, et les gens changent et voient ça totalement différemment.

Vous revenez beaucoup à la nécessité de l’Etat pour accueillir…

Parce que c’est sa responsabilité ! Moi j’ai fait le camp sans l’Etat, mais ce n’était pas normal ! C’est une responsabilité de l’Etat. Et les collectivités n’ont pas les moyens financiers aujourd’hui pour organiser un accueil et une forme de sécurité, parce qu’il faut aussi sécuriser ces lieux et ça représente des dépenses. Quand j’ai ouvert le camp ils étaient 1500. Il y a des dépenses d’électricité, d’eau, de sanitaires, de ramassage des poubelles etc., ça a un coût et ce n’est pas à la collectivité d’assumer ce coût, ce n’est pas sa mission. Même si pour faire face aux obligations qui s’imposent aux villes, comme le code de la santé publique, comme le code de la famille, pour faire en sorte que lorsqu’il y a des familles avec de jeunes enfants, elles puissent prendre des douches et accéder à un minimum d’hygiène pour éviter les épidémies, ça c’est de la responsabilité du maire. Mais c’est une compétence de l’Etat. C’est à l’Etat d’assumer ce rôle. Donc oui il faut que l’Etat soit présent ! Mais avec les élus locaux et avec les associations. Qu’on arrête de stigmatiser les associations ! On a besoin d’elles pour venir faire du lien social, discuter, apporter du réconfort à ces personnes et leur expliquer leurs droits. Donc on a besoin de travailler tous ensemble, c’est ce que je n’arrête pas de marteler depuis 3 ou 4 ans maintenant.

Est-ce que vous croyez en un dialogue constructif avec l’Etat ? Par exemple est-ce qu’on peut encore avoir un impact sur la loi asile-immigration en préparation ?

J’espère bien ! On avait invité le député Aurélien Taché, qui vient de remettre un rapport au gouvernement. On a discuté avec lui. Il a vu que la salle était pleine, que les gens étaient avides de faire des choses. Que c’était possible de travailler ensemble, parce qu’ils en ont la volonté : élus locaux, associations, citoyens, et Etat. Il suffit d’enclencher le phénomène, comme ça se passe dans beaucoup de lieux déjà en France ! Il y a après des lieux où l’Etat a décidé de ne rien faire, c’est tout le littoral Mer du Nord/Manche, parce qu’ils ont l’impression qu’on va créer de l’appel d’air, des points de fixation. Aujourd’hui il n’existe rien à Calais et ils sont 600 réfugiés présents. A Grande-Synthe il n’y a rien et ils sont entre 200 et 300. Voilà ce n’est pas en organisant qu’on va attirer les gens, ce qui crée l’appel d’air sur nos territoires c’est la présence de l’Angleterre, les lignes de ferry qui amènent en Angleterre. Ce ne sont pas les structures d’accueil qui vont créer de l’appel d’air. Mais l’Etat campe là-dessus et ne veut dogmatiquement rien faire sur le littoral. Cela dit ce sont les élus locaux qui ont à gérer la présence de ces exilés qui dorment dans les sous-bois. Et moi je n’accepte pas que les exilés dorment dans les sous-bois, avec femmes et enfants. C’est impossible, inhumain ! Je ne suis pas élu pour laisser des choses comme ça se dérouler dans ma ville.

Si le problème est politique, la solution peut-elle être uniquement politique ? On voit qu’à ce niveau, les réponses mettent du temps…

Il n’y a besoin que d’une décision. Moi, je le dis clairement : j’ai ouvert un centre d’accueil et d’orientation (CAO) le 12 décembre quand j’ai décidé d’ouvrir une salle de sport. L’Etat ne veut pas que ça s’appelle comme ça, mais moi je l’appelle comme ça. C’est un centre d’accueil. Les gens viennent, ils sont accueillis dans la salle de sport au moins pour la période hivernale. On les oriente vers d’autres CAO si les gens veulent demander l’asile. Il y a des maraudes avec l’OFII, avec les services sociaux, avec l’Adoma, qui est mandatée pour organiser des maraudes et indiquer la procédure de demande d’asile. J’ai donc ouvert un CAO en décembre et c’est moi qui le gère aujourd’hui. La sécurité du gymnase seulement a été prise en charge par l’Etat, sauf que je dois mettre du personnel et que j’ai dû monopoliser un équipement qui n’est pas destiné à ça pour pouvoir organiser cet accueil. Il suffirait que l’Etat dise « demain on fait » et moi je suis capable d’ouvrir la même structure pour 200 à 300 personnes sur un terrain à côté dont l’Etat rembourserait la facture. Qu’il organise le gardiennage, qu’il m’envoie une organisation de gestion, et les choses se passeront bien. Je le demande, les associations le demandent, les citoyens le demandent, l’Etat n’a qu’à dire oui et ça part.
[…]

Une enfant kurde prend des cours à l’école du camp

Le risque en attendant de l’Etat et en dépendant de lui économiquement, c’est de devoir faire des concessions avec. A la Linière, avant l‘incendie, l’Etat mettait la pression pour faire réduire la taille du camp…

NON ça c’est tout ce qui s’est dit après. Retrouvez dans les archives sur internet, les interviews que l’on a fait, le jour où on a annoncé la création du camp avec le directeur général de MSF… A l’époque on avait décidé de créer contre la volonté de l’Etat. J’ai toujours dit qu’on avait ouvert le camp pour loger à l’époque les 1500 personnes, quand on a ouvert ils étaient 1300. J’ai toujours dit qu’un camp n’était pas la solution, qu’on faisait un camp pour répondre à une urgence humanitaire, mais qu’il fallait s’orienter vers d’autres formes d’accueil. Avoir 1300 personnes à gérer comme ça c’est inhumain, c’est difficile de créer les liens avec la population. Je veux des petites structures, c’est mieux de faire des petites structures. C’est d’ailleurs ce sur quoi on travaillait depuis des années avec des associations du coin : une maison des migrants qui aurait fait entre 80 et 100 places. J’ai toujours dit avant qu’on ouvre le camp qu’on l’ouvrait pour mettre toutes les personnes à l’abri et qu’au fur et à mesure des départs on réduirait la taille du camp. C’est moi qui l’ai dit, ce n’est pas l’Etat ! L’Etat n’était pas encore là. Je n’ai pas répondu aux injonctions de l’Etat !! On a organisé ça comme ça. Et qu’est-ce qui s’est passé ? On a ouvert le camp le 9 mars, ils étaient 1330. L’Etat est venu signer une convention le 30 mai, ils n’étaient déjà plus que 900 sur le camp. Deux mois après ils étaient 700. Donc oui, mais chose que j’avais dit depuis le départ, j’ai démonté au fur et à mesure les shelters parce qu’il y avait de moins de moins de personnes sur le camp. Ils ne servaient plus à rien ils étaient vides. Je ne voulais pas que le camp ait une taille ingérable. Sinon Calais fermait et on se retrouvait avec un camp de 5000 ici. Ce n’était pas la solution. Moi je demande qu’il y ait de petites organisations qui se mettent en place sur le littoral. Je ne réponds pas aux injonctions de l’Etat, c’était la démarche dans laquelle j’étais depuis le début. Avec tout le monde, avec les associations, avec les humanitaires. Et les associations ont toujours été d’accord avec moi, sauf quelques unes qui sont quelques fois un peu intégristes dans leur position, mais il était clair que ce n’était pas à Grande-Synthe d’assumer tout l’accueil du littoral, il fallait le répartir. […]

Je me souviens que des cabanons continuaient à être démontés alors que de nouvelles personnes arrivaient et étaient refoulées. J’ai même rencontré des jeunes à qui on a pris leur cabanon et leurs affaires parce qu’ils avaient été absents une nuit…

Bah oui ! Euh plus d’affaires j’en sais rien mais… mais oui il y a eu de temps en temps… Mais l’idée étant : comment j’aurais gardé tous les shelters qu’on avait pour 1300 personnes, alors que tout le monde avait une place dans le camp, quand ils étaient 700 ? On avait largement la place de mettre même 800 personnes quand on avait retiré les cabanons ! Le problème c’est que certains cabanons étaient pris par des passeurs et parfois on démontait des cabanons parce qu’on savait que les passeurs facturaient la nuit aux personnes qui étaient dedans… On montrait aux passeurs que ce n’était pas eux qui faisaient la loi sur le camp donc on enlevait les cabanons sur lesquels les passeurs mettaient du prix. Au fur et à mesure quand on a commencé à avoir ce problème d’engorgement c’est parce que l’Etat a arrêté de faire des départs vers les CAO. Parce que Paris a ouvert en septembre et qu’à partir de l’ouverture du centre de la Chapelle à Paris toutes les place de CAO en France ont été réservées pour des gens qui venaient de Paris. Et quand au mois de décembre, on a eu la fermeture de Calais et 1300 personnes qui arrivent sur le camp, j’avais 300 personnes qui attendaient ici de partir en CAO mais on ne nous donnait pas de place. Le problème venait de là, pas du nombre de places disponibles sur le camp. Donc j’ai continué sur ma logique, pas sur celle de ceux qui sont arrivés par après dans l’histoire avec leurs solutions, qui croyaient mieux tout connaître que les autres. On n’avait plus de réponse suffisante de l’Etat pour nous permettre de désengorger le camp et de baisser la pression. Parce que même les 1000 personnes, quand le camp était dimensionné pour 700, même les 1000 personnes pouvaient rentrer et auraient trouvé des places dans les cabanons.

Camp de la Linière en avril 2016
Le camp de la Linière en avril 2016

Votre logique serait d’aller vers des solutions pérennes pour le long terme, mais dans tous les cas l’Etat s’y oppose, donc il faut aussi s’adapter et continuer à offrir des solutions dans l’urgence non ?

En décembre 2015, quand on a décidé de faire le camp, il n’y avait pas un CAO en France. Pas un. Quand le camp a brûlé il y a un an, il n’existait pas loin de 450 centres d’accueil en France. Donc il y a des choses qui se sont faites. Peut-être grâce aussi à la pression de Grande-Synthe et de Paris, on a montré qu’il fallait organiser l’accueil. Les centres se sont multipliés à partir de ce moment là. Et il en faut encore. C’est bien le problème aujourd’hui. Ce n’est pas assez dimensionné pour résoudre le problème des réfugiés qu’on trouve à la rue à Paris, à Calais, à Grande-Synthe,… Il faut encore quelques milliers de places. Et qu’est-ce que c’est quelques milliers de places pour l’Etat français, franchement ? Rien du tout ! Si on résolvait ce problème là, on n’aurait pas cette politique répressive, liberticide qui est en train d’être mise en place. Parce que finalement il n’y aurait pas de problème, on n’en parlerait pas. Comme partout où il y a des CAO en France. On n’en entend jamais parler.
Il y a plusieurs batailles. Il y a la bataille de l’accueil, d’abord. Personne dehors. Après les autres batailles à mener, c’est contre Dublin, contre les politiques répressives etc.. C’est un autre combat. Ma priorité déjà c’est que personne ne dorme dehors. Je peux avoir d’autres combats à mener à côté mais là mon problème urgent c’est que le 31 mars il n’y a pas de solution : qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je refais ou est-ce que l’Etat fait ?

Qu’est-ce que vous avez en tête ?

C’est hors de question que les personnes retournent dans les sous-bois comme l’année dernière. L’année dernière j’ai dû laisser faire parce qu’il n’y avait plus d’interlocuteur. Le gouvernement venait d’être nommé, je ne pouvais pas leur demander, en quinze jours, d’avoir une position politique là-dessus. Donc l’été dernier les gens ont été complétement dehors. Là c’est clair que je ne relaisse pas repartir les gens dans le Puythouck, là où ils ont été l’an dernier à partir du mois d’avril dernier jusqu’au mois de décembre. Ça c’est hors de question. L’Etat le sait. Je l’ai dit, je l’ai prévenu. Donc si l’Etat ne fait rien, je referai. Je rouvrirai quelque chose à la Linière. Et je transférerai le centre d’accueil du gymnase actuel vers un centre d’accueil que je créerai sur le terrain de la Linière parce que c’est le seul terrain dont je dispose et qui se prête à ça.

Vous avez beaucoup de responsabilités à vous seul. Vous êtes maire depuis 2001… Le jour où vous n’aurez plus le pouvoir, est-ce que vous pensez que quelqu’un prendra le relai ?

Bah je l’espère ! (rire jaune) C’est compliqué pour moi de répondre à ça. Je l’espère. Je ne sais pas. Oui il y a les associations qui sont là, il y a de l’espoir et de toute façon si celui ou celle qui me succèdera n’est pas en capacité de prendre le relai, je ne sais pas comment il va résoudre le problème. Parce qu’il aura les réfugiés présents sur la ville. Et donc il·elle sera comme moi, il·elle n’aura pas le choix.

Selon le·la nouveau·elle maire, est-ce que ça pourrait évoluer comme à Calais ?

A Calais c’est quand-même un peu le souk. A Calais ils n’ont rien tenté pour essayer d’endiguer. Nous on a tenté. Pendant que la Linière a existé, il ne s’est rien passé en ville. Depuis que les exilés sont présents en 2002 et depuis qu’ils sont en nombre important depuis 2015, il ne s’est rien passé dans la ville qui soit de la faute des exilés. Parce qu’on a anticipé. On a pris les devants et on a réglé le problème. Ici ça se passe plutôt bien parce que c’est géré. Le problème c’est que si mon·ma successeur ne gère pas, ça ne se passera pas bien et la population réagira. Aujourd’hui la population accompagne.

Qu’est-ce que vous pensez des initiatives de la population : hébergement citoyen et ouverture de squats ?

Ce ne sont pas les solutions qui remplaceront les vraies solutions mais encore une fois c’est de l’implication citoyenne, elle est précieuse, elle est importante. C’est très bien ce qui se passe. Que les citoyens hébergent chez eux des personnes, tant que l’Etat n’est pas à la hauteur, il faudra que ça se fasse. Chez moi comme ça se fait partout en France ; en Isère ou ailleurs j’ai rencontré des associations organisées là-dessus. Ce qui montre bien qu’il y a une vraie générosité dans la population. Toute initiative citoyenne ou associative est une bonne initiative. Il faut se prémunir de ne pas enrichir les réseaux de passeurs mais ce n’est pas l’accueil qui les enrichit. Je n’arrête pas de le dire : ce n’est pas parce qu’on organise un centre d’accueil qu’il y aura plus de passeurs. Ce qui favorise les passeurs ce sont les frontières, ce sont les douanes, ce sont les CRS qu’on met aux frontières. Parce que les gens qui veulent partir doivent payer les passeurs pour contourner ça, ils n’ont pas besoin des passeurs pour venir dans un centre d’accueil.

Peluche perdue dans les bois du Puythouck, où dorment encore des exilés

Et par rapport aux Français qui ne veulent pas accueillir, comment communiquer avec eux ?

En leur montrant du positif. En faisant en sorte que les médias n’aillent pas uniquement à Calais ou ailleurs quand il y a des problèmes mais aillent partout en France montrer les initiatives positives qui se déroulent. Elles se comptent par centaines voire par milliers en France. […] Je pense que les Français peuvent avoir un a priori négatif. Pourquoi ? Parce que migration égal problème. Parce que tout se dit et n’importe quoi au sujet de l’immigration. « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». ça on l’entend tout le temps. Qu’en est-il exactement ? Deux choses. Un : les 6 pays les plus riches du monde, dont on fait partie, n’accueillent que 9% des réfugiés. Les 6 pays les plus pauvres accueillent 51% des réfugiés. On voit bien qu’on n’accueille pas toute la misère du monde, bien au contraire. D’autant qu’on a nous les moyens d’accueillir correctement, ce que n’ont pas les 6 pays les plus pauvres. Et en France, c’est quoi les vrais ratios ? On compare : en Suède, un réfugié pour 101 habitants, en Allemagne, un réfugiés pour 141 habitants, en France, 1 réfugié pour 1340 habitants. Ça je ne l’entends jamais dans les médias ! Et c’est ça la vérité !
On entend trop jouer avec les oppositions. « Ouais les SDF n’ont rien chez nous et on fait tout pour les migrants » non ! On ne fait pas grand chose pour les migrants et on ne fait pas assez, je le dis depuis des années, pour les SDF. On a les moyens en France pour que plus personne ne dorme dehors […] Il y a 2 millions de logements libres en France mais 230 000 personnes vivent dans la rue. Ayons une politique courageuse, audacieuse, déterminée, pour faire en sorte que personne ne dorme dehors. Il suffit d’une décision de l’Etat. C’est comme ça qu’on doit montrer les choses ! Plutôt que de monter les gens les uns contre les autres.
[…]
Ces exilés qui sont là, j’ai eu l’occasion de discuter avec eux par centaines comme je le fais dans la salle de sport en ce moment. Ils me racontent leur histoire et ils n’ont qu’une envie, c’est de repartir chez eux ! Que personne ne croit que ces gens sont là par plaisir. Ils fuient la guerre, la misère dans leur pays. Ce n’est pas à moi de juger qui est un bon migrant ou un mauvais migrant. On n’est pas là pour juger. Moi, si ma famille mourrait de faim dans mon pays, j’irais dans un autre pays pour gagner ma vie et subvenir aux besoins de ma famille, c’est normal !

Il faut reparler des migrations dans l’histoire. Oui on a un phénomène accru par les guerres, mais les migrations ont toujours existé, depuis la nuit des temps. Vouloir bloquer les migrations, comme l’a dit François Gemenne, c’est comme vouloir faire en sorte que la nuit ne succède pas au jour. C’est aussi absurde que ça.

Une nouvelle convention est d’ores et déjà en préparation pour approfondir toutes ces réflexions.

Categories: Actualité France

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