Au Kurdistan, les oppressions redoublent de toutes parts. En Irak, le gouvernement refuse de reconnaître l’indépendance votée en septembre dernier de la région kurde autonome, et a repris les zones libérées de Daech par les persmerghas. En Syrie, les opérations militaires turques récentes (opération « Rameau d’Olivier« ) ont tué plus de 200 civils kurdes pour conquérir l’enclave d’Afrin, par peur de son élan indépendantiste. Ce sont pourtant les Kurdes, en Irak, en Syrie et ailleurs, qui se battent en première ligne contre Daech. En particulier, ce sont les femmes kurdes, organisées en unités de défense, qui font partie des adversaires les plus redoutés des terroristes.

 Elles prennent les armes contre Daech

Dans le documentaire Gulistan, Terre de Roses, la réalisatrice Zaynê Akyol montre le quotidien d’unités d’autodéfense de femmes du YPJ en Irak et au Rojava. On y voit des combattantes hardies suivre un entraînement intensif du matin au soir. Elles protègent leurs terres, parfois au prix de leur vie, et apprennent pour ça à maîtriser les armes ; de la kalachnikov au lance-roquette.

En Syrie, les YPJ représentent environ la moitié des combattants kurdes. Elles ont participé notamment à la bataille de Kobané et à la libération de Raqqa. Affiliées au PKK, elles sont indépendantes des aides internationales et sont financées par les communautés locales.

Ces unités d’autodéfense armées des femmes sont nées déjà en 1993, durant la guérilla. Abdullah Öcalan, leader kurde et fondateur du PKK, emprisonné depuis 1999 sur une île turque, est le théoricien de ce mouvement d’émancipation des femmes. En encourageant les femmes à former une armée indépendante pour se protéger, il a également développé les bases de nouveaux rapports égalitaires au sein de la communauté. Dans les montagnes, l’organisation autonome des guérillas féminines a créé un modèle de vie communautaire qui se diffuse aujourd’hui à travers toute la société kurde.

Une organisation paritaire et égalitariste des communautés

Dans le confédéralisme démocratique kurde, la parité est respectée à toutes les échelles. Au sein de la plupart des communautés, on pratique la coprésidence femme-homme, on organise des assemblées non mixtes, et on réunit des comités d’égalité. En 2005, un Conseil supérieur des femmes (Koma Jinên Bilind) a été créé pour organiser la coordination confédérale des femmes des quatre régions du Kurdistan et d’ailleurs.

La parité et l’égalité entre les genres font partie intégrante du projet politique kurde et de son système de démocratie directe. L’émancipation des femmes est considérée comme une étape essentielle vers la libération de tous les Kurdes.

Une discipline est née de cette réflexion : la Jinelojî. Enseignée dans certaines universités kurdes, elle se présente comme une science d’étude des femmes. En se fondant sur une critique radicale des sciences sociales traditionnelles, la Jineolojî propose de repenser la place des femmes dans l’histoire. Elle s’inspire largement de courants féministes, auxquels elle entend apporter une contribution.

 

Au delà de la lutte nationaliste et contre Daech, les femmes kurdes du YPJ mènent en réalité un combat bien plus large, contre la société patriarcale.

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