Lorsque l’on rentre dans le Quartier libre des Lentillères, la ville disparaît. On n’y trouve ni béton, ni voitures, mais une végétation omniprésente. Pour ne pas se perdre, une pancarte indique des points de repères sur un plan tracé à la main : « la Grange Rose », « le Pot’cole », « le Snack Friche »,…

Près de quatre-vingt personnes habitent cet espace autonome composé de grands jardins cultivés et d’une quinzaine de lieux dits. Certains y ont construit une cabane, d’autres y squattent des fermes abandonnées qu’ils ont retapées.

L’objectif initial: protéger les terres

« Ce n’était pas planifié. Au début on voulait juste cultiver une parcelle de terre ici. On ne pensait pas que ça allait devenir aussi grand. » raconte une habitante.

A l’origine du quartier, une manifestation de 300 personnes pour les paysans sans terre, en 2010. La manifestation se termine sur les terres laissées à l’abandon des Lentillères, pour y créer un potager.

« C’est très dur pour les paysans d’obtenir des terres, surtout en ville. » explique Z., un participant très actif du quartier. « Ici, il y a historiquement des terres maraîchères qui sont très bonnes. On les occupe pour les protéger. »

Depuis des dizaines d’années, la zone est convoitée par divers projets urbains. Dès les années 90, les maraîchers bios installés là perdirent leurs terres par une déclaration d’utilité publique. La ville voulait construire une gare TGV. Le chantier ne se fit finalement pas mais tout le terrain fut gelé en attente de prochains projets. Aujourd’hui, un écoquartier prévoit de tout bétonner pour créer de nouveaux logements et commerces. Au total, 21 hectares sont concernés pour un objectif de 1 500 logements. Les squatteurs n’occupent que les 7 hectares cultivables, le reste est déjà en chantier.

Un espace créateur de lien social

Les premières personnes qui occupèrent les Lentillères en 2010 furent rapidement rejointes par d’autres. Au début, il n’y avait qu’un lopin de terre cultivé et « la ferme », le plus gros squat de Dijon, qui avoisinait le terrain. Des occupants ont graduellement défriché plus de terre et ouvert plus de maisons.

Un objectif différent s’est dessiné, au delà de juste occuper pour protéger. « Aujourd’hui on est dans autre chose. On est dans occuper pour vivre, occuper pour créer, occuper pour développer de nouvelles idées… ».

Parmi les exemples cités par Z., il y a le marché bio hebdomadaire, à prix libre, qui ramène beaucoup de Dijonnais. Tout est à prix libre aux Lentillères, dans une volonté de sortir d’un système marchand. Régulièrement, des petits concerts et des fêtes attirent de nouveaux curieux. Au potager collectif, des personnes de tous horizons viennent pour les ateliers jardinage.

Tout le monde est bienvenu dans le quartier libre : pour prendre un café, pour venir jardiner, pour participer à des chantiers de rénovation ou même pour vivre. Des Touaregs du Mali et du Niger se sont installés ici après avoir longtemps vécu dans des squats dijonnais. Ils s’impliquent dans la vie de la communauté et organisent souvent des événements.

Grâce à son rôle social et culturel, le quartier est devenu populaire auprès des Dijonnais. « Ça fait venir des gens qui viennent pour la culture et qui découvrent le reste, des gens qui ne seraient pas venus dans un lieu occupé autrement. Le lieu commence à être bien inscrit dans la ville. Ça touche plein de personnes qui sont sensibles à l’écologie, à la préservation des terres, au mouvement des ZADs, et pas seulement.On touche plus de gens que le milieu militant. On est soutenus par le milieu culturel. C’est un lieu attirant. On fait deux grandes fêtes par an, et la Semaine de la résistance, qui nous font connaître.  » Malgré le risque constant d’expulsion, Z. est déterminé. « Les gens ne partiront pas d’ici sans se battre. »

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